Où les gens riches mettent-ils leur argent ?

Le patrimoine des grandes fortunes ne ressemble pas à un compte bancaire bien garni. Chez les ménages les plus riches, l’argent est rarement liquide : il est réparti entre plusieurs classes d’actifs, souvent peu accessibles au grand public, avec un objectif de préservation sur plusieurs générations plutôt que de rendement immédiat.

Capital-investissement et actifs non cotés : le socle des grandes fortunes

Les family offices, ces structures dédiées à la gestion du patrimoine d’une famille fortunée, consacrent une part majeure de leurs allocations aux actifs privés et au capital-investissement. Le private equity consiste à prendre des participations dans des entreprises non cotées en bourse, souvent en phase de croissance ou de transmission.

A voir aussi : Quelle est la différence entre le télétravail et l’hybride ?

Ce type de placement attire les grandes fortunes pour plusieurs raisons. Les rendements historiques du non-coté dépassent souvent ceux des marchés boursiers, en contrepartie d’une immobilisation longue du capital, généralement entre cinq et dix ans. Les familles fortunées acceptent cette illiquidité parce qu’elles n’ont pas besoin de récupérer ces fonds à court terme.

L’illiquidité n’est pas qu’un concept abstrait. Selon l’enquête RBC-Campden Wealth, près d’un investisseur en marchés privés sur cinq avait tenté de céder une position dans un fonds, et parmi eux, 47 % n’avaient pas pu réaliser la sortie comme prévu. Les familles fortunées accordent donc une attention croissante à leurs réserves de liquidité disponibles avant d’engager de nouveaux capitaux dans le non-coté.

Lire également : Combien de personnes sont nécessaires pour former un comité ?

En France, la loi Industrie Verte a introduit depuis peu une obligation pour certains contrats d’assurance-vie et plans d’épargne retraite d’inclure une part minimale d’actifs non cotés. Cette évolution réglementaire rapproche, au moins en théorie, les épargnants classiques des pratiques d’allocation des grandes fortunes.

Femme aisée en réunion avec un conseiller financier dans une banque privée haut de gamme au décor minimaliste

Immobilier de prestige et patrimoine professionnel : des actifs tangibles privilégiés

L’immobilier reste un pilier central du patrimoine des riches, mais pas sous la même forme que pour un ménage moyen. Les ultra-riches diversifient leurs biens immobiliers entre résidences principales, biens locatifs haut de gamme et foncier commercial, souvent répartis dans plusieurs pays.

Pour les ménages français dans leur ensemble, l’immobilier net de dettes représente environ 55 % du patrimoine moyen, d’après les données de la Banque de France publiées début 2024. Chez les grandes fortunes, la proportion en immobilier peut être comparable en valeur absolue, mais elle coexiste avec d’autres classes d’actifs bien plus diversifiées.

Le patrimoine professionnel constitue un autre bloc significatif. Les entrepreneurs figurent parmi les profils les plus riches au monde. La richesse est souvent concentrée dans l’entreprise elle-même, ce qui crée un risque de dépendance à un seul actif.

Actions cotées et placements alternatifs : diversifier au-delà des marchés classiques

Les grandes fortunes investissent aussi en bourse, mais de manière sélective. Plutôt que de suivre des indices larges, elles privilégient des participations directes dans des entreprises ciblées ou des fonds spécialisés sur des secteurs à forte conviction.

La part des actions cotées dans le patrimoine des ultra-riches reste significative, mais elle est complétée par des placements alternatifs rarement accessibles aux particuliers :

  • L’art, le vin, les montres et autres biens de collection, qui servent à la fois de réserve de valeur et de marqueur social.
  • Les fonds de dette privée et d’infrastructure, qui offrent des rendements réguliers et une faible corrélation avec les marchés boursiers.
  • Les investissements liés à l’intelligence artificielle, qui suscitent un intérêt croissant chez les family offices, même si l’enquête RBC-Campden Wealth relève un décalage notable entre cet engouement et le scepticisme sur les rendements réellement attendus.

En comparaison, les ménages français moyens détiennent une part marginale de leur patrimoine en actions. Ils privilégient les livrets réglementés et l’assurance-vie en fonds euros, des supports liquides et sécurisés mais à rendement limité.

Couple fortuné examinant des plans architecturaux sur le chantier d'un bien immobilier de prestige avec vue panoramique

Cybersécurité et gestion des risques : protéger un patrimoine, pas seulement le faire croître

Un aspect rarement abordé dans les guides d’investissement : la gestion de fortune inclut la protection opérationnelle des actifs. L’enquête RBC-Campden Wealth rapporte une forte hausse de la part des family offices citant les cyberattaques et les fuites de données comme risque prioritaire à court terme.

Cette préoccupation reflète une réalité concrète. Les familles fortunées centralisent des informations financières sensibles, des accès à de multiples comptes et des documents juridiques complexes au sein de leurs bureaux familiaux. Une faille de sécurité peut avoir des conséquences bien au-delà d’une simple perte financière : atteinte à la réputation, exposition de montages patrimoniaux, chantage.

Protéger un patrimoine de plusieurs dizaines de millions d’euros ne se limite donc pas à choisir les bons actifs. Cela suppose aussi d’investir dans des systèmes d’information sécurisés, des protocoles de gouvernance internes et parfois des audits de cybersécurité réguliers.

Les gens riches ne mettent pas leur argent « quelque part » : ils le répartissent entre des actifs privés, de l’immobilier diversifié géographiquement, des participations ciblées en bourse et des placements alternatifs, tout en consacrant des ressources à la sécurisation de l’ensemble. La différence fondamentale avec un épargnant classique tient moins au choix des supports qu’à la capacité d’accepter l’illiquidité et de raisonner sur un horizon de plusieurs décennies.

Ne ratez rien de l'actu